C'est une histoire que je porte depuis longtemps, sans doute vingt ans, peut-être plus. Elle a toujours vécu dans ma tête comme quelque chose qui se passerait à Paris, ma ville. Paris se prête naturellement au récit romanesque, que ce soit par la photographie, par le cinéma, ou simplement par la manière dont les gens traversent la ville.
Le métro, surtout, m'a toujours semblé être une métaphore parfaite de la vie. On fait un choix. On prend une rame plutôt qu'une autre. Et ce choix change tout. Des gens passent, parfois l'espace d'une seconde, puis ils disparaissent. Pour toujours, peut-être. Cette idée d'une rencontre fugace, de ce qui aurait pu être et n'a pas été, ne m'a jamais quitté. Et je crois qu'elle ne quitte pas grand monde.
Le film Pile et face l'a illustré avec une grande justesse. Ce court-métrage est donc devenu pour moi une façon de saisir cette sensation. Le moment manqué. Le signe de la main, d'un quai à l'autre. Le chagrin discret d'une vie qui avance, sans pitié.
Inspiration : Paris et New York
C'est un mélange de Paris et de New York, deux villes qui m'ont façonné, personnellement comme dans ma création. J'ai découvert New York à quatorze ans et je n'ai jamais cessé d'y revenir. C'est la ville qui m'inspire le plus, sur le plan cinématographique surtout. Mais Paris reste la maison, le lieu où ma sensibilité aux instants urbains s'est d'abord formée.
Je suis photographe depuis plus de trente ans, et mon style est très précis : je photographie les gens de dos, souvent en mouvement, toujours dans la ville. Pas de visages. L'idée est de laisser un vide, pour que celui qui regarde apporte quelque chose de lui à l'image. Cela devient une conversation plutôt qu'une affirmation.
Cette approche a naturellement nourri ma manière d'aborder le film. Le mystère, le cadre, la tension de ce qu'on ne dit pas tout à fait. Voilà ce qui m'attire. Et le métro, justement, est un lieu chargé de toutes ces strates. Un espace où chacun croise l'autre, brièvement, anonymement. Même sans romance, il y a une étincelle de curiosité : Qui est cette personne ? Quelle est son histoire ? Cette question, c'est là que naissent l'empathie et l'imagination. Et pour moi, c'est aussi là que naît le récit.
Pourquoi j'ai choisi Runway
J'ai commencé par tâtonner avec une série d'outils d'IA excellents pour générer des images isolées, mais incapables de tenir un personnage cohérent. Or, quand on cherche à faire un court-métrage, même de trois minutes, c'est essentiel.
J'ai découvert que Runway figurait parmi les outils les mieux notés pour la génération vidéo avec cohérence des personnages. C'est ce qui m'y a conduit.
Mais je suis arrivé là sans aucune formation au cinéma. J'ai dû apprendre les outils, et m'enseigner à moi-même une langue entièrement nouvelle. Comprendre comment parler en termes cinématographiques : un travelling avant, est-ce un zoom ? Qu'est-ce qu'un très grand angle, une vue plongeante ? Ce sont des outils de narration. Et j'ai dû les apprendre de zéro. Je reste, et de loin, un débutant.
Ce qui a rendu Runway opérant pour moi, c'est de pouvoir générer une image, puis l'animer, puis recommencer. Cela m'a permis de bâtir des plans qui se répondaient, de les faire évoluer scène après scène, et de reconstituer peu à peu le film que j'avais en tête, tout en apprenant en chemin.
Le procédé, étape par étape
L'histoire, elle, a toujours été claire dans mon esprit. J'avais cette scène en tête : deux personnes sur des quais opposés, une rame arrive, une autre part, et ils ne se reverront jamais. Mais je voulais un retournement. Une seconde chance.
Ce qui n'était pas clair, c'était : comment la raconter, vraiment ? Je voyais le premier et le dernier plan dans ma tête, mais combler tout le reste, c'est là que le vrai travail a commencé.
Je ne voulais pas que le film sente uniquement l'IA. Je voulais qu'il soit ancré dans le réel, dans des lieux que je connais et que j'aime. J'ai donc procédé de façon hybride. Je prenais de vraies photos de stations de métro qui m'inspiraient, des endroits que j'ai parcourus mille fois, puis je construisais les scènes en m'appuyant dessus. Ma propre photographie servait de socle, et Runway venait y faire entrer des personnages, dans ces décors, pour les animer.
Au final, la première version du film compte une vingtaine à une trentaine de plans dans le métro de Montréal. Certains sont entièrement générés par l'IA, mais beaucoup se construisent autour de cadres réels qui comptaient pour moi. C'est ainsi que je suis resté relié à l'histoire, et que je l'ai rendue vraie, malgré ces outils tout neufs.
Les passages les plus durs
Il y en a eu quelques-uns, honnêtement.
Le premier, technique : apprendre à manier des outils que je n'avais jamais touchés. Génération d'images, génération vidéo, montage. Tout était nouveau. Mais comme la curiosité et l'envie d'apprendre étaient sincères, cela tenait plus du jeu que du travail. S'il avait fallu apprendre un logiciel de comptabilité, c'eût été un supplice. Mais ça ? C'était un plaisir. Difficile, certes, mais un plaisir.
Le deuxième défi : apprendre la langue. Pas le français ni l'anglais. Le vocabulaire du cinéma. Il a fallu m'apprendre à « parler caméra », à diriger le mouvement, à guider le comportement d'un personnage par les prompts. Avec l'IA, il ne suffit pas d'avoir une image en tête. Il faut les bons mots pour que le modèle fasse exactement ce que vous voulez.
Et puis il y a eu le doute. C'était mon premier film. Je n'avais jamais écrit de scénario pour le transformer en images. Il y a eu des moments où je comparais mon travail à des plans de science-fiction léchés, postés par d'autres, et où je me disais : Pourquoi est-ce que je fais ça ? Qui va se soucier de ma petite histoire de trois minutes ?
Mais j'ai appris que le doute fait partie du chemin, dans le travail créatif surtout. Il faut simplement rester concentré sur ce qu'on veut dire, et sur la manière dont on veut le dire. Certains s'y reconnaîtront. D'autres non. Mais si c'est sincère, et que vous l'avez façonné avec soin, c'est cela qui compte.
L'IA a-t-elle changé ma voix créative ?
Je n'en suis pas encore tout à fait sûr. Mais elle l'a élargie, sans aucun doute.
Pendant des années, j'ai raconté des histoires par la photographie. Un seul cliché. Un cadre pour suggérer une ambiance, une émotion, une question. J'ai toujours aimé cette contrainte. Mais avec le film, et l'IA en particulier, j'ai compris que je pouvais enfin dépasser la suggestion. Raconter l'histoire pour de bon.
Avec l'IA, j'ai pu aller au bout, créer l'image suivante, puis la suivante encore, et laisser l'histoire se déployer. C'était nouveau. Et, honnêtement, cela ressemblait à quelque chose que j'attendais de faire depuis longtemps.
Le plus drôle, c'est qu'en photographie de rue, vous n'avez pas de seconde prise. C'est l'instant, l'œil, le déclencheur. Avec l'IA, je me suis retrouvé soudain avec des milliers de générations. Plus de mille, peut-être, entre images et vidéo. Je pouvais recommencer. Diriger. Ajuster. Cela a tout changé.
Ce que les gens ignorent des films d'IA
C'est bien plus facile qu'on ne le croit. Et bien plus difficile qu'on ne le croit.
Il est facile de générer quelque chose de joli. Ce qui est dur, c'est d'obtenir du modèle exactement ce que vous voulez. Cela demande de la précision, de la clarté, une forme de discipline du langage.
La cohérence est un autre obstacle. Des outils comme Runway aident, mais tenir une continuité d'un plan à l'autre, et surtout d'une scène à la suivante, exige de la préparation et du métier dans les prompts.
Et puis il y a la solitude. On travaille entièrement seul. Cela offre une liberté, mais réclame aussi une forme d'équilibre intérieur. Vous devez être votre propre critique, votre propre producteur, votre propre moteur.
La suite
Ce premier film se déroule à Montréal. Mais je l'ai toujours imaginé à Paris, à New York. Je veux désormais l'étendre : Tokyo, Moscou, et qui sait. Chaque ville a sa palette émotionnelle, son tempo, sa façon de tenir la distance entre deux inconnus.
Le but, c'est la résonance. Montrer comment une chose aussi infime qu'un regard ou un signe de la main peut prendre un sens tout autre selon l'endroit où l'on se trouve.
Et comme les outils d'IA évoluent à une vitesse folle, la prochaine version sera plus rapide à réaliser, plus riche en détails, plus fine dans le jeu.
Le procédé créatif qui anime le cinéma par l'IA vaut aussi pour l'entreprise. Apprendre à diriger des systèmes d'IA vers une vision précise est une compétence qui se transpose partout. C'est précisément ce que nous travaillons dans nos sessions de coaching à Montréal. Pour aller plus loin sur notre façon de penser l'IA et la création, parcourez nos articles de coaching.
🎬 Voir le film ici : « Correspondances manquées »


